Les
élections municipales sont dans quelques mois et l’inquiétude grandit lorsque l’on se penche sur les plus grosses villes de notre beau pays : Paris, Bordeaux, Lyon, Toulouse et Nantes. Même
si Bordeaux et Toulouse sont détenues par la droite, tout spectateur attentif sait que ces villes seront difficiles à garder et que les autres sont impossibles à gagner. Outre la nullité des
prétendants de droite (nous y reviendrons), l’évolution sociologique des villes est extrêmement intéressante pour comprendre l’évolution de l’électorat et le positionnement idéologique des maires
en place.
Delanoë, Colomb, Ayrault sont socialistes et leur positionnement est clairement dans l’aile « moderniste » du PS. Aucun d’entre eux ne fait peur au
bourgeois et ceux qui voient en eux des marxistes rampant fantasment. Ces personnalités ont compris avant bien d’autre la potion magique pour séduire le nouvel électorat urbain : la
modernité. Leur mandat est marqué par les fêtes, les subventions aux associations de minorités, la promotion de l’art moderne ou primaire, du multiculturalisme…
Aujourd’hui, les classes moyennes ou aisées (traditionnellement à droite) ont quitté les grandes villes. A cause du coût du logement, les premiers partent en
première couronne et les seconds, à l’étroit dans leurs appartements, s’installent en famille dans les banlieues chics. D’où un double phénomène : les banlieues qui entourent les grandes
villes se « droitisent » et les banlieues aisées se surblindent contre la gauche. Les plus pauvres (les étrangers ou les ouvriers) vont en deuxième ou troisième couronne des grandes
villes où les communistes prospèrent et le FN surnage.
Les grandes villes sont à présent composées d’un électorat que seul le PS, les Verts et le MODEM peuvent capter : les nouveaux salariés aisés (artistes,
publicitaires, communicants, marketer, antiquaires…) et les milieux pauvres d’origine étrangère. Le dosage est subtil mais efficace. Les premiers font fortune dans des métiers en plein essor,
profitent de la mondialisation heureuse et les seconds servent de chair à canon électoral (logements sociaux, gratuité de nombreuses prestations). Pour aller vite, bobos et personnes d’origine
étrangère (mais aucun mélange, chacun ses quartiers !), telle est le socle électoral imbattable ! Ces maires profitent en effet de l’enrichissement des uns et de la pauvreté (donc de la
dépendance) des autres. Ajoutons une dose d’étudiants d’Universités (très majoritairement à gauche) et le tour est joué ! Jamais un candidat ne gagnera dans ces grandes villes sur une
thématique conservatrice. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si les maires de droite cherchent à ouvrir leurs listes au MODEM, symbole d’un électorat « progressiste » qui n’en peut plus
d’une gauche trop de gauche. Ils ont bien compris que seule une alliance avec le nouvel électorat de Bayrou leur permettra de garder leurs villes. Notons aussi que Juppé ou Douste ne se sont pas
placés à droite de l’UMP et ils ont été élus… Et les financiers (premiers bénéficiaires de la mondialisation) me direz-vous ? Ils habitent les centres villes, font fortune et votent à droite
pourtant ! Oui mais la finance est très sélective et emploie donc peu de salariés…
Hier soir, avec ma chère et tendre, nous sommes allés théâtre. Derrière nous, trois couples d’homos à la mode parisienne c'est-à-dire chics et apprêtés. La
réflexion qui m’est venue à l’esprit fut : à gauche à Paris et au centre droit en France. Autrement dit : ils voteront Delanoë mais ont voté Sarko aux présidentielles. L’un parce qu’il
les comprend, les soutient et promeut la modernité (art, pub, fêtes) et l’autre car il respecte le travail (ils travaillent dur dans la pub ou la communication), veut baisser les impôts et parce
qu’il est détesté par les racailles. Ces derniers considèrent en effet, et le font savoir, que les homosexuels sont le syndrome d’un occident qui dégénère (d’où les démonstrations exacerbées de
virilité des « jeunes de cités »). Cette conjonction d’intérêts (un maire qui nous aime et un président qui nous protège) fait des homosexuels un électorat localement à gauche mais
nationalement au centre droit. Un symbole de ce courant libéral-libertaire qui écrase tout sur son passage dans les villes.
A l’inverse, les banlieues proches éliront probablement des maires de droite puisqu’elles auront récupérées la petite bourgeoisie et les commerçants.
Les ouvriers, avant-hier communistes, hier FN et aujourd’hui UMP, glisseront probablement un bulletin bleu dans l’urne. Mais à coté des milliers de bulletins
roses des français issus de l’immigration, leurs voix pèseront peu…
Cette analyse, en grande partie fondée sur la sociologie empirique et sur les résultats électoraux de la dernière présidentielle, peut s’avérer fausse.
Pourtant ouvrons les yeux : la cristallisation des votes par origine, âge ou même religion est manifeste. C’est désolant mais véridique.
Commentaires